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Les cépages font leur grand retour


Sélection printemps 2026
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Lecture: 8 min
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Pourquoi les raisins oubliés séduisent à nouveau les amateurs de vin ?

Longtemps éclipsés par les appellations ou par quelques variétés internationales devenues incontournables, les cépages reviennent au centre de la conversation. Anciens, oubliés, locaux ou résistants, ils séduisent vignerons et amateurs en quête de vins plus singuliers, plus frais et plus ancrés dans leur terroir.

Mais au fait, qu'est-ce qu'un cépage ?

Un cépage, c'est simplement une variété de raisin comme le Chardonnay, le Pinot Noir, le Gamay ou le Chenin. Chacun possède ses propres caractéristiques : niveau d'acidité, couleur, structure tannique, arômes, précocité de maturité, tolérance à la chaleur ou aux maladies. Si le terroir est le nom de famille du vin, le cépage en est le prénom.

Pendant longtemps, ce prénom a été relégué au second plan, derrière les grandes appellations. Aujourd'hui, il revient à l'avant-scène et pour de bonnes raisons.

Comment certains cépages ont-ils disparu des radars ?

La viticulture moderne s'est construite autour d'une logique simple : rentabilité, lisibilité commerciale, standardisation. Les cépages les plus productifs, les plus connus et les plus faciles à vendre ont pris toute la place. La crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, puis la reconstruction du vignoble, ont encore accéléré ce mouvement : on a replanté ce qui était commercialement viable, pas forcément ce qui était rare ou singulier.

Résultat : des dizaines de variétés comme Romorantin, Pineau d'Aunis, Ribeyrenc, Persan qui se sont retrouvées réduites à quelques hectares, voire à quelques rangs de vigne dans des jardins botaniques. Pas parce qu'elles manquaient de caractère. Parce qu'elles manquaient de notoriété.

Pourquoi les cépages reviennent-ils aujourd'hui ?

Trois moteurs expliquent ce retour et ils se renforcent mutuellement.

Le changement climatique redistribue les cartes. Hausse des températures, vendanges plus précoces, vins plus alcooleux, moins acides : l'INRAE le documente depuis plusieurs années. Dans ce contexte, les cépages à maturité tardive, naturellement plus acides ou plus résistants à la sécheresse deviennent des alliés précieux. C'est précisément ce qu'a voulu mesurer un programme de recherche INRAE en Bordelais : pendant dix ans, 52 cépages alternatifs ont été évalués pour leur capacité d'adaptation climatique. Les plus prometteurs sont désormais testés dans les vignobles d'appellation.

Les consommateurs veulent boire autrement. Le Chardonnay reste le cépage préféré des Français, devant le Pinot Noir et le Cabernet Sauvignon, le Baromètre SOWINE/Dynata 2025 le confirme. Mais la curiosité progresse. Selon la Revue Française d'Œnologie, 76% des amateurs interrogés se disent curieux des innovations, notamment des vins issus de cépages anciens ou oubliés. Les amateurs ne veulent plus seulement « un Bordeaux » ou « un Côtesdu-Rhône ». Ils veulent comprendre ce qu'ils boivent.

Les vignerons cherchent à se distinguer. Un Pineau d'Aunis, un Romorantin ou un Ribeyrenc racontent immédiatement autre chose qu'un énième assemblage international. Réhabiliter un cépage oublié, c'est redonner une voix à un territoire.


« Pendant longtemps, certains cépages ont vécu dans l'ombre. Trop locaux, trop discrets, pas assez commerciaux. Aujourd'hui, ils reviennent avec une promesse simple : offrir des vins qui ne ressemblent pas à tous les autres. »


Les grandes régions bougent aussi

Ce retour des cépages n'est pas qu'un phénomène de niche porté par quelques vignerons militants. Les appellations elles-mêmes s'adaptent. Bordeaux Supérieur autorise désormais, sous conditions, des variétés comme l'Arinarnoa, le Castets, le Marselan, le Touriga Nacional ou le Vidoc, jusqu'à 5 % de l'encépagement pour les rouges, et moins de 10 % dans les lots commercialisés. C'est une ouverture mesurée, mais symboliquement forte : même les bastions du Cabernet et du Merlot intègrent la diversité dans leur avenir.

Quelques cépages à redécouvrir

RégionCépageCaractéristiques
BourgogneAligotéBlanc vif, salin, tendu. Longtemps dans l'ombre du Chardonnay, il revient avec les amateurs de fraîcheur.
LoirePineau d'AunisVins rouges élégants, avec des arômes de fruits noirs et une belle fraîcheur.
Loire · Cour-ChevernyRomorantinCépage rarissime, capable de blancs tendus et profonds, magnifiques au vieillissement.
JuraPoulsard · Trousseau · SavagninVins identitaires, gastronomiques, parfois déroutants et très recherchés par les amateurs pointus.
SavoieMondeuse · PersanRouges alpins, épicés et frais. Parfaits pour les amateurs de vins de montagne.
AlsaceSylvaner · Klevener de HeiligensteinExpressions régionales sous-estimées, qui offrent des profils aromatiques uniques et frais.
Sud-OuestMauzac · Loin de l'Œil · Fer ServadouLa richesse ampélographique du Sud-Ouest, hors des sentiers battus.
LanguedocRibeyrenc · Piquepoul noir · TerretCépages méditerranéens remis en lumière pour leur fraîcheur et leur adaptation au climat chaud.

Cépage ancien, cépage résistant : ne pas tout confondre

Petit lexique — pour ne pas se perdre
Cépage ancienVariété historiquement présente dans une région, parfois depuis plusieurs siècles.
Cépage oubliéVariété presque abandonnée, remise en culture par quelques vignerons pionniers.
Cépage rare · Cour-ChevernyPeu planté, même s'il n'a pas forcément disparu, souvent moins de 50 ha en France.
Cépage résistantSélectionné pour résister aux maladies (mildiou, oïdium), souvent issu de croisements récents.
Cépage autochtoneFortement lié à un territoire précis, parfois endémique d'une seule appellation.

Ces catégories ne s'excluent pas. Un cépage peut être à la fois ancien, rare et autochtone comme le Romorantin à Cour-Cheverny. À l'inverse, un cépage résistant peut être une création récente sans aucun lien historique avec un terroir. La distinction est importante quand on cherche à comprendre ce qu'on a dans son verre.

Comment choisir une bouteille issue d'un cépage rare ?

La première difficulté, c'est de les trouver. Les cépages rares n'envahissent pas les rayons des grandes surfaces. Ils se nichent chez les cavistes spécialisés, dans les foires aux vins pointues ou directement en domaine. Le cépage peut figurer sur l'étiquette, mais ce n'est pas systématique en appellation, la mention de l'appellation prime souvent.

Le conseil reste la voie la plus sûre. Un bon caviste saura vous orienter selon votre curiosité, votre palais et l'occasion. Un vin de Romorantin mérite qu'on vous explique d'où il vient. Un Persan de Savoie aussi.

Questions fréquentes sur les cépages

Quels sont les cépages anciens les plus connus ?

Aligoté, Pineau d'Aunis, Romorantin, Savagnin, Trousseau, Mondeuse, Mauzac, Arbane ou Petit Meslier font partie des cépages anciens ou rares que les amateurs redécouvrent aujourd'hui.

Pourquoi les cépages oubliés reviennent-ils ?

Ils reviennent pour leur originalité aromatique, leur lien au terroir, leur capacité à apporter de la fraîcheur, et parfois leur meilleure adaptation au changement climatique.

Les cépages anciens donnent-ils forcément de meilleurs vins ?

Non. Un cépage ancien n'est pas automatiquement meilleur. Tout dépend du terroir, du travail du vigneron, de la maturité du raisin et de la vinification.

Comment reconnaître un vin issu d'un cépage rare ?

Le cépage peut figurer sur l'étiquette, mais ce n'est pas toujours le cas en appellation. Le plus simple reste de demander conseil à un caviste ou de consulter la fiche technique du domaine.